Les ouvrages du moulinage

L’ensemble se compose des ouvrages suivants :

  • La maison dite du contremaître ;
  • La fabrique ou le moulinage proprement dit ;
  • Les ouvrages permettant de capter l’eau et de la transporter jusqu’au nord de l’usine où se trouve la roue ;
  • La passerelle qui surplombe la Dorne et relie le moulinage à la route de Vals.

La maison du contremaître


La maison du contremaître est construite sur deux étages avec des combles. Fait assez rare, elle est séparée du bâtiment du moulinage, sans doute à cause de la forme du terrain qui limitait la longueur de l’usine. La petite maison se trouve au-dessus du canal d’amenée, à environ cinq mètres de hauteur, et ses ouvertures se situent uniquement sur la façade tournée vers l’est, du côté du soleil levant.

Le moulinage

L’usine est un grand bâtiment rectangulaire d’environ 35 mètres de long pour 7 mètres de large. Son organisation est typique : la salle d’ouvraison occupe tout le rez-de-chaussée, tandis que l’étage supérieur servait d’habitation. Vue du nord-ouest, on remarque que la salle d’ouvraison ne possède aucune ouverture de ce côté, seules des fenêtres apparaissent à l’étage. L’ensemble donne une impression assez sobre et austère. Du côté est, tourné vers la rivière, la façade est rythmée par treize travées, avec deux portes qui s’ouvrent sur la terrasse.

Le sous-sol, surnommé « l’enfer » est directement creusé dans la roche. Sa hauteur varie entre 1,6 et 2,2 mètres selon le relief. On y trouvait surtout les installations qui distribuaient l’énergie mécanique aux moulins, ainsi qu’un espace de stockage pour les marchandises et les pièces. Il communiquait directement avec la terrasse. Le sous-sol occupe la même surface que les trois autres niveaux du bâtiment.

Captage et canalisation de l’eau

Si pendant cinq siècles il y a eu à la Chèze des moulins puis un moulinage (et peut-être à l’avenir une microcentrale électrique) on le doit à la Dorne et à l’énergie de son eau. Energie renouvelable mais capricieuse, dont la puissance varie en fonction du débit, qui peut être torrentiel ou au contraire quasi-nul, alors que les besoins des soyeux lyonnais ne dépendaient pas de la pluviométrie. Le contrôle de cette énergie a donc été un sujet permanent de préoccupation, d’autant plus que l’eau, au-delà de l’énergie mécanique qu’elle transporte, intéresse aussi les agriculteurs…

En 1874, à la création du moulinage de la Chèze par Jacques Dallard, le barrage est en pierres volantes, situé 150 mètres en amont (au sud) du moulinage. L’eau est ensuite conduite jusqu’à la roue par un canal d’amenée (dont il reste encore des vestiges aujourd’hui). Ce type de barrage (levée, chaussée ou râteau selon Yves Morel) présente entre autres inconvénients de devoir être repris (voire refait) chaque année, sans compter les fuites le long du canal.

Pour pallier ces inconvénients, Rémy Martin (le notaire alors propriétaire du moulinage) demande l’autorisation de construire un nouveau barrage de type « hydraulique » (voir annexe 5 plan de 1925 dressé dans le cadre de l’instruction de la demande de construction). Pendant l’enquête, Victorine Dabrigeon adresse au Préfet un courrier en opposition à la construction en raison de risques d’inondation : « en cas de crue, le barrage fait en pierres volantes s’écroulait, l’eau baissait et nos jardins étaient préservés. Un barrage hydraulique […] nous causera avec la crue d’eau des dégâts considérables qui pourraient emporter non seulement nos jardins mais la moitié du village ». Voir annexe 6.

Malgré ce courrier le préfet émet un avis favorable (annexe 7) avec le droit de prélever de la Dorne 500 litres par seconde. La puissance déclarée, 24.5 kW (soit environ 34 chevaux) est modeste comparée à celle des grands moulinages[1].

Le croquis joint présente la situation actuelle, restée conforme au projet de 1925. La configuration est classique, avec un canal de sécurité d’une longueur de 9 mètres pour se protéger des crues. Depuis la vanne d’entrée jusqu’à la chute, le canal d’amenée mesure 70 mètres. La hauteur de la chute est de 5 mètres (contre 13 aux Salins[2]).

Pièce essentielle dans la transformation de l’énergie de l’eau en énergie mécanique, la roue à aube du moulinage de la Chèze mesure 3,5 mètres de diamètre pour 1,5 mètres de largeur et possède 36 aubes d’une contenance de 53 litres. 

Elle tournait entre 50 et 60 tours par minute (selon estimation réalisée en 1970 par Leroy Somer dans le cadre d’une étude sur l’installation d’une installation de production électrique[3]).

Photos de l’existant, prises au fil de l’eau de l’amont à l’aval :

Prise d’eau. Conformément à l’arrêté de 1926, un dispositif empêche de lever la vanne à plus de 0 m 90 au-dessus du seuil du canal. Celui-ci aura 0 m 90 de hauteur de 0 m 60 de largeur et une pente de 0,002 m par mètre.

Canal de sortie (roue dans le dos).
Retour à la Dorne. « Les eaux rendues […] ne doivent pas compromettre par leur température ou leur nature la salubrité publique, l’alimentation des hommes et des animaux […] les utilisations agricoles […] » selon l’arrêté.

Sur la photo centrale de la roue, le canal est à droite. Or les aubes se remplissent à gauche (la roue tourne dans le sens trigonométrique). Il devait donc y avoir une prolongation du canal passant par-dessus la roue pour amener l’eau à gauche. Le haut de la roue étant quasiment au même niveau que le fond du canal à son extrémité nord, l’épaisseur du fond de cette prolongation devait être faible. Il s’agissait probablement d’un coursier, simple structure en planches de bois prolongeant le canal pour amener l’eau à son point optimal de déversement sur la roue (comme sur la photo ci-contre du moulin du Haut-de-Bellefontaine à Grosville dans le Cotentin).

En vertu du droit d’arrosage, une partie de l’eau pouvait non pas animer la roue mais poursuivre son chemin dans un canal orienté vers le nord. C’est dans ce canal aval que les habitants du moulinage, dont les membres présents de la famille Riou, se sont cachés pour ne pas être repérés par les soldats Allemands qui descendaient vers le Cheylard le 5 juillet 1944.


[1] Selon la formule Puissance(kW) = Débit(m3.s-1)*g(m.s-2) *Hauteur de chute(m). Application numérique : D=0,5 ; g = 9,81 ; H = 5. Cette puissance de 24,5 kW peut paraître bien faible aujourd’hui. A titre de comparaison, certains clients particuliers (avant la clientèle professionnelle donc) ont chez eux une puissance électrique de 36 kW uniquement pour leur consommation domestique.

[2] Le moulinage des Salins à Dornas a également été exploité par Joseph Laurent. La plus grande hauteur de chute ainsi que des conditions d’accès beaucoup plus simples que celle de la Chèze ont dû jouer en sa faveur dans la gestion des différents sites par les Etablissements Joseph Laurent.

[3] Ce chiffre paraît très élevé. Nous n’avons pas la méthode de calcul utilisée.

Le barrage et la passerelle

Ci-après photos :

  • Du barrage autorisé en 1926 d’une longueur de 40 mètres. L’arrêté préfectoral fixe sa hauteur (la crête étant le point haut) à 4 m 55 en contrebas d’une croix gravée sur la pierre de taille de l’angle aval de la culée gauche (R.G.) de la passerelle publique de la Chèze ;
  • De la passerelle qui surplombe la Dorne. Initialement en bois (pour le tablier), elle a été emportée avec les piliers à l’occasion d’une crue et remplacée par un tablier en béton reposant sur une structure métallique.

Le long de l’ancienne béalière, du côté nord-ouest de la Dorne, il reste quelques vestiges :