Les sources
Nous disposons des sources suivantes :
- Un premier registre comptable qui s’ouvre en janvier 1938 et se clôt en octobre 1950 ;
- Un second registre comptable qui s’ouvre le 6 novembre 1950 avec le lot 104 lié à la Manufacture de Velours et Peluches et se clôt peu de temps avant l’arrêt du moulinage avec le lot 208 le 30 janvier 1959 ;
- Un ensemble de 88 documents, sur une page, qui sont ou bien des « contrats d’ouvraison » à en-tête des Etablissements Joseph Laurent ou bien des courriers envoyés depuis le siège de La Sône. Ces courriers précisent au contremaître les contraintes à respecter (techniques, délais, qualité requise, conditionnement, expédition, etc.).
L’ensemble couvre une période allant de 1937 à 1960.
Dans les registres comptables, probablement tenus par Gabriel Riou (hormis la période 1939-1945 où il fut d’abord mobilisé puis fait prisonnier et détenu en Allemagne), apparaissent les informations suivantes :
- Page de gauche : les entrées. On y trouve le nom du client, les caractéristiques du produit reçu (par exemple la provenance), le poids du lot et le type d’ouvraison demandé.
- Page de droite : les sorties. S’y trouvent : le nom du client avec l’adresse de livraison, le conditionnement, le poids (brut / net) et parfois quelques commentaires tels que 1er choix, 2ième choix, torsions irrégulières (une seule occurrence fort heureusement).

Dernier lot dans le registre le 30 janvier 1959
Les clients et la production
L’étude des registres montre que le principal client du moulinage de la Chèze fut la Manufacture de Velours et Peluches de Lyon (MVP), issue du regroupement de plusieurs maisons lyonnaises (J.-B. Martin, Bickert et fils, E. Charbin et Cie, C. Chavant-Crozier). Jean-Baptiste Martin, son fondateur, avait lui-même créé un moulinage à Tarare qui employait jusqu’à 500 personnes (classé Monument Historique en 1987).
D’autres entreprises régionales apparaissent comme clients : Terrail Payen, Giron Frères à Saint-Étienne (Chantegrillet), Soieries Lachas à Charlieu, Morel-Journel à Lyon, Gillet Thaon à Izieux, ou encore les Établissements Boudignon au Puy et Deydier à Lyon. La plupart sont situées en Auvergne–Rhône-Alpes, avec quelques exceptions (ex. la Société des Impressions des Vosges et de Normandie).
Entre 1952 et 1956, la Chèze dépend presque exclusivement de la MVP, ce qui représente un risque important en cas de défaillance du client. Il est probable que les Établissements Joseph Laurent, propriétaires du site, aient alors orienté la production de la Chèze pour répondre spécifiquement à ses besoins.
Les lots étaient parfois envoyés pour contrôle à la Condition des Soies, rue Saint-Polycarpe à Lyon ou à Saint-Étienne. En 1938, la rayonne fait son apparition dans les registres (notamment via les Textiles Artificiels de Gauchy). Plus tard, on trouve comme client les Établissements Kuhlmann (Nord), par exemple en 1948.
À partir de novembre 1957, la soie disparaît totalement des registres : la Chèze ne travaille plus que la rayonne et le coton, et semble désormais presque exclusivement au service d’une autre usine du groupe Laurent, à Auberives-en-Royans. Seul un client externe, les Établissements Alex Richard à Lyon, apparaît encore ponctuellement.





